MON CRI AU PRESIDENT DIOMAYE (2024)

Amadou Lamine Sall| Publication 09/07/2024

Avec respect et gratitude, je vous demande, Monsieur le président, d’instituer une journée nationale du pardon.

Réconciliez ainsi, par le cœur et l’âme, notre beau et grand petit pays. Faites prendre conscience aux Sénégalais combien nous devons recréer une nouvelle vie en commun, en société. Pardonner ne veut pas dire oublier. « Dans l’absolu, nous ne sommes pas obligés de pardonner. Néanmoins, on ne pardonne pas pour la personne qui nous a fait du mal, mais pour nous-mêmes. En effet, le pardon permet de se libérer et de la rancœur, des blessures, de la peine.»

Pardonnez n’est pas une faiblesse. Pardonnez est plus beau que châtier, punir, réprimer, se venger. Le Coran nous dit que «le croyant sincère doit gagner le pardon par la repentance.» Certes, le pardon est «une démarche pacificatrice parfois difficile».

Graciez, Monsieur le président, en cette Journée nationale du pardon, si vous l’instituez, des prisonniers. Nos prisons sont devenues effrayantes, terrifiantes, insoutenables, inhumaines.

Avec une infinie gratitude, voyez dans la limite de vos pouvoirs, comment libérer, déjà, les prisonniers devenus finalement aveugles ou fous, en prison. Comment garder encore en cellule de pareilles créatures dont la vie s’est presque achevée, quel que soit la hauteur de la faute commise ? Voyez, également, comment ces milliers de prisonniers qui vivent dans des conditions presque inhumaines, pourraient être sortis de jour et affectés à des contraintes de travail de set-setal, par exemple. Cela aiderait nos cités si sales et si pourries, à retrouver un peu de fard..

Cela soulagerait des collectivités locales si désarmées financièrement et le plus souvent si mal organisées et si désastreusem*nt mal gouvernées. Ces sorties de jour de prisonniers pour aller travailler et servir, leur donneraient un semblant de vie, un peu d’air du dehors, un tout petit peu d’espérance, malgré le degré de la faute. Seule la force invincible de la foi, sauve le plus grand nombre de prisonniers du suicide et de la mort.

Ceux qui sont libérés, des années et des années après, errent dans les rues, perdus, délaissés et oubliés et par leur famille et par l’État et par la société. J’en ai rencontré qui mendiaient, malades et affamés et qui dormaient sur et sous les bancs des très rarissimes places publiques comme la Place de l’Indépendance. C’est là que nous avons appris que ces bancs faisaient d’ailleurs l’objet de trafic payant pour les occuper la nuit. Qu’Allah veille sur les démunis.

Monsieur le président, je vous demande, avec une infinie prière, de veiller sur les prisons et les prisonniers, parce que vous m’êtes apparu comme un homme d’abord, un Président ensuite, qui possède une âme à qui on peut avoir l’espérance de parler et d’être entendu. Tant pis si je me trompe ! Dans tous les cas, vous ne faites pas peur ! Vous apaisez !

Monsieur le président, vous êtes sorti de prison pour entrer dans une autre prison. La seule différence, ce sont les murs, l’accueil, les regards, la considération, les gardes, la nature des contraintes. La première prison, vous n’avez pas demandé à y être reçu. La seconde, vous êtes allé la chercher vous-même, pour y entrer. Elle est dorée, diton, mais pas aussi tranquille que la première. Plus dangereuse, même !

Si vous sortez du Palais pour aller prendre votre avion de commandement, au retour, sous escorte, on vous reconduit en «prison », avec motards et gyrophares chez vous, dans votre Palais. Cette prison du Palais est contraignante et elle est surtout celle qui vous isolerait le plus de la réalité de votre peuple. J’ai toujours cru, au regard de notre histoire politique, que les chefs d’État sont les moins informés que leur peuple. Évitez ce piège ! Écoutez, écoutez beaucoup. Regardez, regardez attentivement vos parapheurs. Prenez le temps de mettre votre sceau. Mettez correcteurs et grammairiens en amont. Rendez votre cabinet imparable. Il l’est déjà, conduit, chose rare, par un mathématicien et un poète. De vos collaborateurs et de vos conseillers, faites des amis mais surtout dites-leur de ne pas avoir peur de vous faire rebrousser chemin. La critique où le courage de la critique, semblerait beaucoup manquer dans les cabinets présidentiels. Peut-être, également, que l’on se trompe ! Ce sont des confidences avérées depuis des décennies et des faits réels qui nous ont appris cela. Il doit être possible de ne pas toujours dire, de jour comme de nuit, pendant cinq ans ou douze ans à un président, «oui, Monsieur le président. Oui, Monsieur le prescient.»

La confession d’un ancien président de la République du Sénégal bien particulier, s’est révélée, dans ce sens, bouleversante et révélatrice de la nature de cette vraie prison que constitue le palais présidentiel où tout le monde ne fait qu’acquiescer à tout ce que dit le président. Mais, nuançons ! Au-delà des renseignements généraux au travail admirable et sécuritaire, prenez aussi le temps d’écouter la vraie rue. Faites comme faisait Senghor, qui, en voiture banalisée, allait le soir se mêlait à son peuple dans les quartiers les plus animées de Dakar, incognito ! Il le raconte lui-même et c’est si succulent !

Que le Seigneur vous protège Monsieur le président Diomaye et il vous protègera au regard des belles et reposantes valeurs dont vous êtes habillé et que nombre de Sénégalais reconnaissent en vous. Sorti de la première prison, secourez ceux qui y vivent encore ! Utilisons plus les bracelets électroniques que l’enfermement carcéral dans des cellules pires que l’enfer et à la promiscuité indescriptible ! Des Sénégalais témoignent que cette promiscuité a fait naître nombre d’hom*osexuels !

Mes respects déférents Messieurs les commissaires, les procureurs et les juges ! Sans être faibles, chevillés aux lois et règlements, rendez moins peuplées, sauvages et inhumaines nos prisons ! Votre mission est capitale et vous êtes si précieux dans ce combat.

Encore, Monsieur le président, libérez les prisonniers devenus aveugles ou désormais malades mentaux. Nous prions pour vous !

N’oublions pas que nous avons été autrefois et encore aujourd’hui un «peuple de géants.» Ne devenons pas un «peuple de nains» accouchant d’une chefferie de nains. Et cela n’arrivera pas !

MON CRI AU PRESIDENT DIOMAYE (2024)

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